Etudes et recherches
Ouvrage

Salariat étudiant, parcours universitaires et conditions de vie

Catherine Béduwé, Georges Solaux, Jean-François Giret, Julien Berthaud

La figure de l’étudiant·e salarié·e est aujourd’hui banale dans l’enseignement supérieur. Si les expériences restent variées, une grande majorité des étudiant·e·s exercent une activité salariée au cours de leur parcours universitaire. Cette recherche, qui a permis de suivre des étudiant·e·s sur plus de trois ans, montre que près de trois quarts d’entre elles et eux travaillent au moins quelques mois pendant leurs études. Jobs de vacances ou activités régulières de quelques heures ou à temps plein, cumulés pendant tout ou une partie des études, exercés de manière intermittente ou récurrente, arrêt du travail étudiant et reprise des études à temps plein, ou au contraire, interruption des études et poursuite de l’emploi étudiant, stages rémunérés… Les frontières entre les situations d’études et d’emploi sont de plus en plus poreuses. Comment le travail salarié s’inscrit-il dans le parcours des étudiant·e·s inscrit·e·s à l’Université ? Qui sont les étudiant·e·s salarié·e·s ? Quels sont les effets de l’activité salariée sur la vie étudiante et la réussite universitaire ?

Dans la continuité de l’enquête nationale Conditions de vie de 2013, les chercheur·e·s ont suivi pendant trois années des étudiant·e·s, salarié·e·s ou non, inscrit·e·s en Licence. En combinant enquête quantitative par questionnaire et enquête qualitative par entretien semi-directif, cet ouvrage donne à lire une analyse fine des parcours d’étudiant·e·s salarié·e·s.

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caractéristiques

Auteurs
  • Catherine Béduwé, ingénieure de recherche à TSMresearch, université Toulouse 1 Capitole
  • Julien Berthaud, ingénieur de recherche à l’IREDU, université de Bourgogne Franche-Comté
  • Jean-François Giret, professeur de sciences de l’éducation à l’université de Bourgogne Franche-Comté et directeur de l’IREDU et du Centre associé au Céreq de Dijon (responsable scientifique de cette recherche)
  • Georges Solaux, professeur émérite de sciences de l’éducation à l’université de Bourgogne Franche-Comté et à l’IREDU
Date de publication2019

Résumé

Cet ouvrage vise à mieux comprendre la place et le rôle du travail étudiant dans les parcours d’études supérieures. Il s’est appuyé sur une post-enquête, quantitative et qualitative, à l’enquête Conditions de vie 2013 de l’Observatoire national de la vie étudiante. Tous les étudiants inscrits en Licence en 2013, et dont la moitié exerçait une activité rémunérée, ont été suivis et interrogés trois années de suite.

Les résultats obtenus permettent d’abord de souligner la porosité des frontières entre les situations d’études et d’emploi. Certains étudiants travaillent plus ou moins régulièrement et continûment durant leurs études, parfois arrêtent de travailler pour reprendre des études à temps plein, ou au contraire commencent à travailler après quelques années d’études classiques. Parmi ceux qui arrêtent leurs études, certains abandonnent pour se consacrer à l’emploi salarié occupé avant la fin de leur formation. La diversité des parcours mêlant études et emploi est donc grande et on estime que l’emploi salarié occupe une place significative dans les parcours de plus d’un étudiant sur trois.

Nos résultats confirment ensuite que le travail en cours d’études est d’abord le moyen pour les étudiants de financer – le plus souvent de cofinancer – leurs études et qu’il se trouve donc au coeur des difficultés financières des étudiants. Car si travailler ne résout pas toutes les difficultés financières, ne pas travailler ne les empêche pas. Cette conciliation entre études et travail varie manifestement au fil des parcours, dépendant souvent du niveau d’engagement des étudiants dans leurs études et/ou de la possibilité qu’ils ont d’aménager leur emploi du temps.

Les analyses produites permettent de montrer que l’emploi salarié augmente les risques d’un échec partiel aux examens et l’abandon des études, par rapport aux étudiants qui n’ont pas cette contrainte. Si la réussite n’est cependant pas exclue, elle se paie en revanche, outre par des conditions d’études plus difficiles, par un allongement des parcours à niveau donné. Mais nos résultats permettent surtout de nuancer ces résultats selon l’importance du temps consacré à ces activités, le moment de l’année où elles s’exercent et, finalement, leur récurrence dans les parcours. Ainsi les étudiants qui travaillent régulièrement tout au long de leurs études, et souvent de manière intensive, réussissent plutôt bien voire mieux que les étudiants à temps plein, mais mettent plus de temps. Ils parviennent à concilier activité professionnelle et études en modifiant leurs manières de travailler.

Le cumul emploi-études est toutefois lourd et difficile à gérer : les étudiants salariés travaillent à des heures où ils se disent fatigués et sont souvent beaucoup plus isolés que les autres étudiants. Ils sont obligés de faire des arbitrages en termes d’emploi du temps et de temps consacré aux études. Ils expriment en revanche un rapport aux études plutôt positif et reconnaissent des avantages à ce cumul, en termes d’organisation, d’incitation à la poursuite d’études, de construction de leur projet professionnel. Enfin, de manière assez consensuelle, ils mettent en avant la « valeur professionnelle » de ces activités, pourtant peu qualifiées et sans grand lien avec leurs études dans l’ensemble.

Sommaire

Introduction : un regard longitudinal sur le salariat étudiant

CHAPITRE 1
L’emploi salarié dans les trajectoires étudiantes
Présentation des répondants à l’enquête longitudinale
La construction d’une typologie de trajectoires étudiantes
Les caractéristiques des étudiants dans chaque trajectoire-type
Les représentations des jeunes en 2016

CHAPITRE 2
Les effets du travail étudiant sur la réussite des études
Travail étudiant et réussite aux examens
Travail étudiant, poursuite ou abandon des études

CHAPITRE 3
Ce que le travail salarié fait aux étudiants
Les conditions d’exercice d’un emploi salarié au sein de chaque trajectoire type
La difficile conciliation entre travail étudiant et temps d’études
La satisfaction vis-à-vis des études

CHAPITRE 4
Le salariat étudiant au cœur des ressources et des difficultés financières des étudiants
La situation financière des étudiants et la place de l’emploi salarié dans les ressources
L’impact des difficultés financières dans les parcours étudiants et le recours à l’emploi salarié
Les profils d’étudiants en difficultés financières et la nature des difficultés rencontrées

Conclusion

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